Un cancer, des mois de chimio-thérapie, des traitements au laser, des opérations, les cheveux qui tombent, les médecins qui sont peinés de ce qu'ils doivent dire; on ne s'habitue jamais vraiment. La peur de ressembler à ses enfants chauves que j'ai vu il y a six ou sept an. Car ils avaient le visage de la mort. C'est affreux de se dire que la plupart sont sans doute décédés depuis. Peut-être dans les jours qui ont suivis cette "rencontre". Peut-être le soir même. Des morts nés, jamais vraiment en vie puisqu'ils vivaient la mort. L'attente est sans doute pire.
Ou alors un problème cardiaque, avec les antécédents familiaux ça ne serait pas étonnant. C'est presque devenu une tradition. Mais j'espère que ça sera sans préavis, une crise cardiaque foudroyante. La mort subite comme ils disent. Pas de menaces à répétition, pas d'opération pour retarder l'inéluctable, pas de pile. Il faudra que ça soit parfait dès la première fois, sinon j'en mourrais de dégoût.
Sinon, peut-être un accident de voiture. Ca m'ennuierait d'infliger à des hommes (pompiers?) la lourde tâche de me ramasser à la petite cuillère, être un thon à pêcher comme dans GTO. Et puis devenir un chiffre, habiter les statistiques, faire partie de ces 4000 tués de la route que l'on nous sert aux infos... Mais c'est une possibilité à envisager. Ca sera peut-être le chauffeur en face qui sera en tort ou peut-être que ça sera moi. Peut-etre que je ne conduirai pas, je serai juste passagère. Simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Peut-etre que ça sera un carambolage spectaculaire, digne d'un film, avec beaucoup de tôle froissée et des dizaines de morts et de blessés. Je n'espère pas. Ca serait trop médiatique, trop anonyme aussi. Trop parfait pour les infos de 20h, pour enfoncer le pessimisme et le fatalisme dans les âmes des zombies devant leur écran. Oui, de toute façon, vous aussi, vous allez crever, faite vous à l'idée.
Un cambrioleur va peut-être rentrer chez moi, par infraction. Je le surprendrai dans le salon, armée d'un tabouret. Ca ne suffira pas. Par peur, le voleur deviendra tueur.
Peut-être que je m'étranglerai avec un bout de viande. Pendant un repas de noël ou de famille. Les gens me regarderont sans comprendre et moi je ne les verrai pas, je ne serais que cette mort bloquée dans ma gorge. La viande aura vraiment eu un drôle de goût...
Ou alors pendant un voyage extraordinaire, au c½ur d'une jungle inextricable, je me ferai mordre par un serpent particulièrement venimeux, au poison foudroyant. Pas de sérum sous la main, une mort douloureuse sous la verdure. Le coupable réussira à partir sans vengeance. Ou alors il me bouffera quand j'aurai refroidi, au choix.
Allez savoir, peut-être que je serais une criminelle mise a mort (d'ici là, ça sera rétabli). Pendaison, électrocution, empoisonnement, balle dans la nuque, bûcher? Pas la guillotine, Marie-Antoinette en est déjà la figure de proue, elle me ferait de l'ombre. D'ici là, ils auront sans doute trouvé de nouvelles méthodes. Pour ça, je fais confiance au gouvernement...
Ou bien après une folle partie de marrade, à faire du roller sur l'autoroute avec mon Rorow, accroché derrière des voitures, on finira encastrés dans une balustrade ou incrustés dans le bitume, sur des centaines de mètres. Ou alors quand il se suicidera le 28 après s'être bourré la gueule, en prenant la voiture de ses parents et en roulant à 200 km/h sur l'autoroute en sens inverse, comme il aura mis une poignée à mon attention, jpourrai m'y tenir jusqu'au choc final.
Si ça se trouve, j'irai à la banque et il y aura une prise d'otages. Les bandits seront nerveux, ça sera leur premier grand casse et malgré leurs prévisions, leur plan, il y aura des erreurs, des bévues. Les flics seront partout autour. Je ne sais pas de quel flingue viendra la balle. Les balles?
Peut-être que durant ma folle carrière de championne de surf, je me ferai bouffer par un requin au régime.
Après maintes actes et dégringolades dans la tragédie, je deviendrai dépressive. Je serais peut-etre alcoolique ou suicidaire. Ou les deux. Pas assez courageuse, peur de souffrir, il faudra trouver une manière sans douleur.
Je finirai peut-être par mourir de folie, dans un asile, comme Maupassant.
Peut-être que j'aurai une fin à la Juliette, je m'empoisonnerai par amour et mon bien-aimé se poignardera sur mon cadavre (erk)
Peut-etre que je ne me réveillerai simplement pas.
Et toi, comment es-tu mort?
[...And it's all?]