Range toi dans ton ombre. Laboure les plaines volcaniques ou laisse-la t'inonder chaque fois que tes paupières chuchoteront. Car elle sera là, toujours à t'entendre, elle sera ta raison, ta clé, la seule entrave fidèle. Vise le point de non-retour. Reviens-en.
A l'heure des vêpres, la barque glissait comme une vipère. Tu n'as pas oublié comme l'eau soupirait pour son reflet. Il gelait à pierre fendre. Il gelait à pierre fendre...
Mais qu'est-ce que ta rage dans le sel du passé?
La Lune gibbeuse se balançait au bout de sa corde. Sur l'onde, son gros reflet mort se superposait au visage lisse de la fille que tu aimais. Elle était faite de morsures noueuses, une ceinture sur sa taille plate, un ruban dans ses boucles claires qui frôlaient passivement la surface noire. Ta petite funambule qui d'habitude marchait en équilibre sur le fil de ses lacets défaits, prenait le risque de se pencher au dessus de l'eau. Son rire effrayait les poissons.
Il gelait assez pour fendre une âme. Tu t'enlaces de tes défaites, tu justifies tes échecs. Ce n'était pas une reine. Ce n'était pas une reine...
Elle aurait voulu marcher sur la surface laquée, au milieu des étoiles noyées. Elle les faisait danser du bout de son ongle, dans un miasme d'argent. La ville semblait loin, elle ne voudrait pas y retourner.
Mais règne en tyran sur chaque battement de ton c½ur, repousse chaque offrande à son image. Tu ne boiras plus que du lait et du vin. Banni l'eau portant son odeur, banni les larmes. Ton ciel n'est qu'un coup de feutre.
Car c'est le jour où elle revient. Comme la peste.
Vogue, vogue mon miroir!
[...And it's all?]